Salt print : au croisement du geste et de la lumière
Tout a commencé avec le cyanotype. Un bleu profond, presque minéral, qui m’a ouvert les portes d’un monde où la photographie se touche, se sent, se fabrique lentement. En fait, non. Tout a commencé avec ma première exposition, le plaisir de voir et sentir l’image, lui donner une vie au delà du virtuel sur un écran qui dure le temps d’un clic. Et quelques vidéos qui ont croisé mon chemin, titillé ma curiosité. Et comme souvent, la curiosité appelle à l’expérimentation, qui appelle à d’autres chemins : papiers différents, variations de tonalité, jeux de textures… Jusqu’à ce que je tombe — sans vraiment le chercher — sur le salt print, son cousin plus ancien, plus capricieux aussi, mais tout aussi fascinant. Il fait en fait partie d’une roadmap plus longue, vers les procédés platine / palladium. Chaque étape est plus complexe, apporte ses plaisirs, ses défis ... tout en prenant le temps d’apprécier.
La photographie reste toujours un hobby. Un terrain de jeu et de recherche. Mais comme souvent quand on aime, on s’investit plus que de raison… Et c’est justement ce mélange entre technique, sensibilité, et artisanat qui me nourrit dans cette démarche.
Entre pixels et pinceaux
Je continue à photographier avec mes outils habituels, à passer des heures sur Photoshop à régler les courbes, ajuster la lumière, affiner le moindre détail. J’aime le contrôle que permet le numérique, la précision chirurgicale d’un masque de calque bien posé.
Mais j’aime aussi le lâcher-prise des procédés anciens. La magie, et les désastres de la chimie. L’émulsion qui réagit au papier, même sans lumière, le coté aléatoire dés le moment ou l’émulsion se couche sur le papier. Tous ces petits défauts qui rendent les choses si précieuses. Et nous en sommes au papier salé, donc. Le moment où l’on enduit le papier à la main, où l’on expose le tout à la lumière, en croisant les doigts pour que la chimie fasse son œuvre. Il y a là quelque chose de plus organique, de plus instinctif. L’image n’est plus juste un fichier : elle devient matière vivante.
Des cyanotypes aux tirages au sel : une continuité
Le passage du cyanotype au salt print s’est fait naturellement. D’un procédé à l’autre, on change de couleurs, de réactions, d’intentions… mais pas d’état d’esprit. C’est toujours une question de regard, de texture, de patience. C’est aussi une suite logique dans mon envie de ralentir, de sortir de la toute-puissance numérique pour retrouver un rapport plus sensuel, plus lent à l’image.
Le cyanotype m’a appris à aimer le papier. À observer comment il réagit, comment il boit la chimie, comment la lumière le révèle. Le salt print, lui, ajoute une nouvelle dimension : des tonalités chaudes, plus subtiles, et surtout une richesse de gris qui flirte parfois avec l’élégance d’une estampe ancienne.
Une exploration personnelle, et sans pression
Je n’ai pas de plan grandiloquent. Pas (encore) d’édition limitée, ni de galerie à séduire. Mais j’expérimente, je teste, je découvre. Et parfois, je tombe sur une image qui me parle, qui me semble juste. Elle a un grain imparfait, une lumière un peu bancale peut-être, mais elle existe. Vraiment.
C’est ça qui me plaît dans cette démarche. Une forme de sincérité. Une façon de faire exister mes images au-delà de l’écran, dans un espace plus concret, plus intime.